Le Club des Cinq chez les Angevins


Rédaction : Damien Bazantay

L’aventure du « club des cinq chez les Angevins » commence autour de Beaucouzé un soir de pluie (mais sans brouillard pour ceux qui connaissent la chanson). En sa qualité de gourmand, Philippe nous a concocté un menu genre : entrée, plat, dessert, café, vin, apéritif et digestif compris soit environ 500 km sur trois jours. Damien se demande si l’indigestion ne va le guetter, François est « faim » prêt, Pascal et Stéphane ont déjà bu un apéritif avec une sortie de 180 Km le week-end d’avant. En attendant que tout le monde soit rassemblé, Pascal et Philippe se dégourdissent les jambes en se rendant aux pieds du château d’Angers, fief du roi René, duc d’Anjou et de Provence.

 

Château d'Angers
Douceur angevine pour se réchauffer...

En ce premier jour, nous partons pour une balade de 160 km, direction Champtoceaux (limite de la Loire-Atlantique) en longeant la Loire par la corniche angevine, retour par les Mauges (fief des guerres de Vendée) et l’autre versant de la Loire en direction d’Angers. La journée commence sous une pluie (retenez bien ce mot) fine. En tant que régional de l’étape et afin de faire local, Damien initie ses compagnons au patois angevin. Dorénavant, la différence entre « seriner », pleuvoir finement, et « mouillasser » signifiant pleuvoir un peu et souvent, est connue de tous. Nous abordons les rives de la Loire par la commune de Savennières, connue pour son vin et pour la magnifique petite île de Béhuard, emmitouflée dans les bras du fleuve le plus long de France. Un ligérien, (néologisme interdit au scrabble, n’est-ce pas Philippe, désignant un habitant des pays de la Loire) sur deux-roues nous accompagne jusqu’à Chalonnes-sur-Loire. Nous longeons les ceps du côteau du Layon. Le soleil est maintenant présent et nous réchauffe jusqu’à la belle cité de caractère de Saint-Florent-le-Vieil, patrie de l’écrivain Julien Gracq et demeure posthume de deux généraux des guerres de Vendée : Bonchamps et Cathelineau. Des photos sont prises au pied de l’église abbatiale et la vue en surplombant la Loire est magnifique. Après un petit café chaud et la validation des BPF, la troupe repart en direction du muscadet, côté Champtoceaux. La pluie qui guettait notre passage nous fait signe avant notre pause méridienne. Champtoceaux est plus connu pour sa citadelle et ses bords de Loire que pour sa pluie froide, sa boulangerie et son superbe préau d’école municipale qui peut servir aux cyclistes en mal d’abri. Le soleil revient, Philippe fait remplir son bidon qui est déjà plein (eh oui c’est possible), et nous repartons direction le pays des mogettes (haricot blanc vendéen). Les Mauges sont un peu vallonnées et ne sont pas forcément conseillées pour les cyclos en quête de digestion facile. A l’époque de la Révolution française, les bleus étaient ici des révolutionnaires avant d’être des joueurs de foot et les blancs étaient des royalistes avant d’être des caucasiens. Nous abordons la fin du parcours en retrouvant la Loire du coté de Rochefort. Nous cherchons le château de Serrant et nous le cherchons encore. Nous dînons le soir ensemble dans la chambre d’hôtel de Pascal et Stéphane sur une superbe table improvisée. Damien est un peu plié (attention, jeu de mots) et a des bambous qui lui poussent dans les jambes. François est ravi de sa journée, c’est un être sous le charme (et un petit deuxième pour la route). Philippe, Pascal et Stéphane sont prêts à repartir au boulot (y a pas mal d’arbres en Anjou).

 

La Loire vue du belvédère de l'église abbatiale de Saint-Florent-Le-Vieil
Eglise abbatiale
Porte d'entrée de la ville close à Champtoceaux
A l'abri de la pluie sous un préau à Champtoceaux
Pont de Montjean-sur-Loire

Pour ce deuxième jour, nous partons en direction de l’Indre et Loire en longeant la Loire par Saumur puis nous bifurquons vers Fontevraud et Doué-la-fontaine pour revenir vers la Loire. La météo est la même que la veille mais en pire. Ça « mouillasse » fort. Nous traversons Angers en longeant le très bel arboretum pour rejoindre la Loire via les Ponts-de-Cé. Une température basse, la pluie avec un vent de face conjugué au milieu humide de la Loire nous incitent à accélérer la cadence pour se réchauffer. Première escale du jour dans le beau village de Saint-Mathurin-sur-Loire et sa superbe église en pierre de tufeau (pierre saumuroise par excellence) surmontée d'un clocher avec dôme et lanterne. Pascal et Stéphane seraient partants pour une couverture chauffante tellement ils ont froid. Un café essaie de nous réchauffer mais en vain. Il fait meilleur à vélo. Nous nous dirigeons doucement sur Saumur en longeant la Loire. Du coté des Rosiers-sur-Loire, nous apercevons des gabares et des fûtreaux (bateaux typiques de la Loire) qui remontent le fleuve. Avec le soleil renaissant, les magnifiques paysages du bord de Loire se dessinent sous une lumière diaphane. Nous arrivons à Saumur où son château posé sur les hauteurs nous fait un clin d’œil. Petit arrêt sur le pont qui enjambe le fleuve. Pascal s’essaye à prendre des photos genre toréador ou comment être un bon photographe tout en évitant les voitures. La petite troupe remonte la ville au petit galop (nous sommes dans la ville du cheval) pour un dernier souvenir au pied du château classé au patrimoine mondial de l’humanité. Nous repartons direction Candes- Saint-Martin en traversant le parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine. Ici on peut choisir entre Champigny et champignon. L’un des meilleurs crus de Saumur côtoie les champignonnières où poussent les champignons de Paris. Le crottin de cheval du cadre noir de Saumur associé aux caves souterraines humides fait merveille. Notre périple se poursuit en longeant les habitats troglodytiques creusés à même la roche dans la pierre de tufeau. Nous apercevons au loin le château de Montsoreau, village classé comme l’un des plus beaux de France. A Candes-Saint-Martin, la pause repas est la bienvenue surtout sous le soleil au bord de la Vienne. L’après-midi commence par une petite côte digestive en direction de Fontevraud. Le vélo de Pascal n’en peut plus et en profite pour crever. François, le mécanicien de service, sort sa superbe pompe « Lézyne ». Tout le monde est jaloux. Ça « bouine » pas pour réparer le pneu (Bouiner : patois angevin qui signifie faire peu de chose en beaucoup de temps). Fontevraud et son abbaye s’offre à nous. Aliénor d’Aquitaine, Henri II Plantagenêt, son mari et leur fils, Richard Cœur de Lion, y reposent depuis 800 ans environ. Tour à tour, les châteaux se suivent mais ne se ressemblent pas : Brézé puis Montreuil-Bellay. Il est temps de retrouver la Loire du côté de Gennes en passant par les vignes du côté du Puy-notre-Dame (spécial dédicace à Yannick) et par la superbe église de Cunault. Après s’être perdu du côté des Rosiers-sur-Loire, Damien a alors besoin de carburant pour finir l’étape. Grâce à François, il découvre la dat(t)e (le fruit) en intraveineuse. C’est mieux qu’un coup de pied de cheval (du cadre noir de Saumur bien sûr). Retour à Beaucouzé après 175 km.

Saumur
Château de Saumur
Déjeuner au bord de la Vienne à Candes-Saint-Martin
Château de Brézé
Château de Montreuil-Bellay
Château de Montreuil-Bellay

En ce début de troisième jour, le soleil est enfin au rendez-vous. Nous nous dirigerons vers l’est angevin, direction Baugé, puis Durtal. Un groupe prendra la direction de l’abbaye de Solesmes puis le château du Plessis-Bourré, les autres se rendront directement au Château où Jacques Demy a tourné son film « Peau d’âne ». En sortant d’Angers, apparaissent des paysages totalement différents de ceux de la veille. Avec la matinée naissante, des rais de lumière enveloppent des sous-bois bucoliques nichés dans des chemins vallonnés, c’est très beau. Malgré les kilomètres parcourus ces derniers jours, l’allure est soutenue. François crève à l’orée d’une forêt et nous permet de faire la première pause de la journée. Nous sommes maintenant à Baugé. Arrêt photo devant son château, petit café chaud. Cette région de l’Anjou est connue pour ses églises aux toitures façon « chapeau de sorcière tordu » appelées plus communément clochers tors. Sur trente en France, cinq églises ont cette caractéristique dans la région. Nous passons devant celle du Vieil-Baugé. Philippe et François s’arrêtent pour admirer, tandis que des mécaniciens s’affairent autour du pédalier de Damien qui émet un cliquetis façon pendule depuis la veille. En direction de Durtal, nous traversons le village des Rairies connu pour ses terres cuites. Nous admirons en arrivant à Durtal, son très beau château. Déjeuner façon campagne au bord du Loir (affluent de la Loire) avec une vue magnifique sur un vieux moulin. Après une courte pause photos, c’est reparti pour la pluie et pour un après-midi vélo : Philippe et François en direction de l'abbaye de Solesmes, Damien, Pascal et Stéphane en direction du château du Plessis-Bourré via Barracé, Huilé puis Ecuillé. Ce château est définitivement une merveille. Le temps s’est arrêté au XVe siècle. Construit sous la houlette du Grand Trésorier du roi Louis XI, Jean Bourré ; il a su traverser le temps sans altération. Un coureur cycliste qui cherche son chemin se joint à nous pour l’admirer. Pascal en tant que photographe acrobatique, tente des clichés depuis les arbres qui bordent la route. Le bruit d’une Maserati vient rompre le charme du lieu mais émerveille Stéphane. Il est temps de rentrer à Angers. Après délibération sur l’itinéraire, nous abordons Feneu puis Cantenay-Epinard où le déluge nous attend avec le vent en pleine face. Si un jour vous êtes sous l’eau et en pleine campagne, demandez à Stéphane l’abri le plus proche, il vous le trouvera (c’est un don). Après séchage sous abri de fortune, nous improvisons des itinéraires jusqu’à Beaucouzé. Avec 125 Km, le trio est rincé (dans tous les sens du terme) tandis que François et Philippe rejoignent le groupe assortis de 160 Km au compteur.

Eglise Saint-Symphorien au Vieil-Baugé avec un clocher tors
Château de Baugé
Château de Baugé
Le Loir à Durtal
Château de Durtal
Château de Durtal
Château de Durtal
Solesmes
Château du Plessis-Bourré
Château du Plessis-Bourré
Château du Plessis-Macé
Nettoyage des vélos comme des pros

Avec 500 bornes pour les uns et environ 450 pour les autres, le séjour tire à sa fin. Tout le monde est ravi des paysages traversés même si la fatigue est présente. Damien est surpris car c’est la première fois qu’il vient en Anjou sans presque boire une goutte de vin mais au regard de son postérieur, il décide de faire pendant au moins une semaine un régime sans selle (de cheval bien sûr).

[NDLR : ligérien, mouillasser, bouiner sont de bon aloi au scrabble. En revanche le fûtreau, barque typique sur la Loire n'est pas encore rentré dans l'ODS (Officiel du Scrabble). Une réclamation s'impose !]

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