
Texte et images : Guiral LACOTTE
Desertus Bikus 2026 : 1 200 km du Pays Basque à l’Andalousie
Le 17 avril 2026, je m’élance d’Hasparren pour ma quatrième participation à la Desertus Bikus. Plus qu’une course, c’est une épreuve d’ultra-cyclisme inspirée des rallyes-raids : l’objectif est de traverser l’Espagne en autonomie totale, sans assistance ni voiture suiveuse, en rejoignant des points de passage imposés à travers des zones arides et sauvages.
L’esprit "Desertus" : Entraide et Parité
Ici, l’esprit diffère des compétitions classiques. Si chacun gère son effort, l’entraide est encouragée : rouler en groupe et coopérer fait partie de l'aventure. Cette année, une ambiance particulière règne sur la ligne de départ. Grâce aux efforts du fondateur, Yvan, l’événement atteint la parité homme/femme pour la deuxième année consécutive, une rareté dans le monde de l’ultra. Parmi nous, la championne paralympique Marie Patouillet honore sa première participation à une épreuve d’ultra distance.
Le plan… et la réalité du terrain
Mon plan initial était simple : tracer au plus court, limiter le dénivelé, et viser quatre étapes de 300 km. Mais l'expérience m'a appris qu’aucun plan ne résiste au premier secteur de gravier nocturne, à une route barrée ou à une canicule soudaine.
Les deux premiers jours se passent comme dans un rêve avec près de 600 km parcourus. Mais le troisième jour, l’Andalousie nous rappelle à l'ordre. Partis à l’aube par 5°C, nous finissons sous 29°C à l’ombre. Épuisé par la chaleur rayonnante des parois rocheuses, je jette l'éponge pour la journée dans le village fortifié de Hornos. Toutes les chambres d’hôtes sont occupées par des cyclistes, les vélos s'entassent dans les entrées et nous "dévalisons" joyeusement l’unique bar-restaurant du village.
Fausse route et chemins de chèvres
Le quatrième jour, départ à 4h30 pour gravir les cols à la fraîche. Après un passage magnifique sur un plateau rappelant le Larzac, au milieu des vaches et des moutons, vient le choix crucial de l'itinéraire. Je choisis la route Sud, comme 90 % des participants.
Erreur. Ce qui semblait être une route sur la carte s’avère être un chemin abandonné périlleux : pentes à 15 %, passages à gué et pierres saillantes. Résultat : 5 heures pour parcourir 50 km, alternant pédalage et poussage du vélo. Un peu plus loin, les secteurs "gravier" imposés se transforment en véritables pistes de VTT au milieu des oliveraies, mettant mes pneus lisses de 32mm à rude épreuve.
Le sprint final et le hasard des rencontres
Pour le dernier jour, il reste 270 km. Je retrouve un petit groupe de quatre cyclistes rencontrés plus tôt lors d’un ravitaillement dans un station service de la périphérie de Grenade. Ensemble, nous roulons près de 20 heures d'affilée. L'aventure devient rocambolesque :
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ils se perdent dans des plantations d'oliviers à la recherche de raccourcis inexistants.
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On cherche une chapelle sans réseau mobile ni carte précise.
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On finit par commander une quantité gargantuesque de nourriture 30 minutes avant la fermeture d'un restaurant de plage.
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Les GPS, téléphone et autres équipements électroniques tombent tous progressivement en panne de batterie.
Nous atteignons enfin l’arrivée à 5 heures du matin, exténués mais victorieux.
Le bilan
Je termine à une 122ème place (sur 400) avec un temps de 5 jours et 5 heures. Mais au-delà du classement, je retiens l'accueil chaleureux à l'arrivée, la bière partagée, le cactus offert en trophée et les ovations pour chaque nouvel arrivant. Une édition magnifique, marquée par des paysages grandioses et des rencontres inoubliables.
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Bravo Guiral et merci beaucoup pour le récit de cette traversée de l’Espagne par ses déserts. Ca fait rêver…