Texte et photos : Nicolas Picard
L'idée, sur le papier, était de profiter d'un 600 km pour faire un parcours un peu différent : partir de Paris, rejoindre la Normandie en passant par Rouen et Le Havre, longer la côte jusqu'à Étretat, continuer vers Fécamp et Dieppe, puis rentrer à Paris.
Plutôt que de simplement aligner les kilomètres, le tracé suivait les traces d'Arsène Lupin et de Maurice Leblanc, avec plusieurs passages en Normandie.
Le départ était prévu à 5 heures du matin, dans le XVIIᵉ arrondissement de Paris, le samedi, avec un retour prévu le dimanche avant 21 heures.
Au total, un peu plus de 600 kilomètres et 40 heures maximum pour boucler la boucle, avec près de 350 participants au départ de ce BRM organisé par l'ACP.
5 h - Départ de Paris
Dans les rues du XVIIᵉ arrondissement, il fait encore nuit et les rues sont quasiment désertes. Le vélo est chargé du minimum : quelques vêtements, de quoi manger, deux bidons et le nécessaire pour rouler de jour comme de nuit.
Mais ce matin, il ne s'agit pas simplement de parcourir 600 kilomètres. Il s'agit de suivre les traces d'un homme qui, lui, aurait certainement trouvé le moyen de parcourir la moitié du trajet sans payer le moindre billet. Arsène Lupin, le gentleman cambrioleur.
Le départ est donné sous le bruit sec des cales qui claquent sous les chaussures. Les premiers kilomètres défilent dans un Paris encore silencieux. Les boulevards sont presque vides, puis les immeubles disparaissent peu à peu. La ville s'efface. Les premiers kilomètres sont assez faciles. La circulation est faible et la fraîcheur du matin permet de bien avancer.
Petit à petit, Paris disparaît et les routes deviennent plus tranquilles. Je quitte l'Île-de-France avec un groupe d'une dizaine de cyclos. Puis la Normandie arrive, sous un brouillard épais qui nous accompagne pendant un bon moment.
11 h - Rouen
J'arrive dans le centre de Rouen à 11 heures. Le brouillard a disparu et a laissé sa place à un ciel bleu. La cathédrale, les façades à colombages, les rues agitées par les touristes qui affluent de partout… Je suis obligé de mettre le pied à terre sur quelques centaines de mètres, le temps de traverser le centre et de faire un petit ravitaillement.
Rouen constitue la première véritable étape du parcours. Et le lien avec Arsène Lupin est bien présent : Maurice Leblanc, le créateur du personnage, a vécu à Rouen pendant plusieurs années. Une plaque rappelle notamment la maison où il a vécu, rue du Bailliage.
À ce stade, les jambes vont bien et les kilomètres s'enchaînent sans difficulté particulière. La route quitte progressivement Rouen et la Seine devient mon fil conducteur. Le fleuve apparaît, disparaît, puis revient au détour des routes. Puis arrive Jumièges et son abbaye, un lieu intimement lié à l'univers de Maurice Leblanc. Je continue ma route.
16 h 30 - Le Havre
Le vent commence à se lever, la mer n'est plus très loin. Une pause crêpes dans un bar avec des commerçants sympathiques me change les idées. Et surtout, on sait qu'une partie mythique du parcours approche : Étretat.
Sur cette portion, la route longe progressivement la côte et les kilomètres commencent à prendre une autre dimension. La journée est déjà bien avancée, mais le paysage donne envie de continuer.
18 h 45 - Étretat
Et soudain, les falaises ! Le vent souffle depuis la Manche et, au bout de la route, apparaît l'Aiguille. Après plusieurs heures de vélo, l'arrivée devant les falaises fait du bien. C'est ici que le parcours prend tout son sens par rapport à Arsène Lupin.
Étretat est directement associé à L'Aiguille creuse, l'un des romans les plus connus de Maurice Leblanc. L'Aiguille et son fameux secret sont devenus indissociables de l'image de Lupin. Mais Étretat réserve une autre surprise : le Clos Lupin, l'ancienne demeure de Maurice Leblanc, aujourd'hui transformée en musée consacré à son personnage.
Mais ça sera pour une prochaine fois.
Difficile de ne pas faire une pause malgré tout. Je pose le pied à terre, le vélo contre un muret. Le temps de faire quelques photos avec cette belle météo, de profiter quelques minutes du paysage et de me ravitailler pour tenir encore une centaine de kilomètres jusqu'à Dieppe, où la pause à l'hôtel m'attend.
Alors je repars, direction Fécamp.
20 h 30 - Fécamp
Les kilomètres commencent à peser un peu plus. On sent que la journée est déjà longue. En arrivant sur les hauteurs, une magnifique vue sur la ville et la mer s'offrent à moi, avec en prime un beau coucher de soleil.
Mais la nuit tombe rapidement et la route jusqu'à Dieppe s'annonce longue. Les bosses vont s'enchaîner à répétition et la température va progressivement baisser. Il ne reste bientôt plus que le faisceau de ma lumière à regarder. Le paysage n'a plus vraiment d'importance.
Dans les premiers BRM que j'ai fait cette année, qui sont pour moi une nouveauté, j'ai découvert que les kilomètres ont une drôle de particularité :
Au début, ils sont longs.
Puis ils deviennent très longs.
Puis on arrête de les compter.
1 h - Dieppe
J'arrive à Dieppe vers 1 heure du matin. La ville est éclairée, mais la Manche, elle, est plongée dans l'obscurité. L'hôtel s'offre enfin à moi, au bout de 380 kilomètres. Le plan était simple : une douche, quelques heures de sommeil et repartir.
J'avais prévu quatre heures maximum comme je trouvais que j'avais bien géré mon temps sur le première journée mais je n'ai pas entendu le réveil. Heureusement, je me réveille seulement une heure plus tard que prévu.
Finalement, ma pause aura durer environ cinq heures.
Je repars à 6 heures du matin et, presque immédiatement, je tombe sur une boulangerie ouverte. Impossible de résister : un café et un croissant pour commencer la deuxième journée.
La coupure a fait du bien et la route du retour est désormais devant moi.
Dimanche - 7 h 30
Le jour se lève doucement et le ciel devient gris laisse rapidement place à quelques averses, heureusement pas bien méchantes. Je vous aurais dit que je suis allé rouler en Normandie sans prendre une goutte de pluie, vous ne m'auriez probablement pas cru…
Les oiseaux recommencent à chanter, les villages se réveillent. Et moi aussi, finalement, je repars en forme.
Les 200 derniers kilomètres se passent relativement bien. Un dernier ravitaillement à Gisors avant d'attaquer les 100 derniers kilomètres.
À l'approche du Vexin, je me retrouve à rouler avec un cyclo de Suresnes. Nous allons finalement partager les 70 derniers kilomètres jusqu'à Paris. À deux, les kilomètres passent beaucoup plus facilement.
Les premiers signes de la région parisienne apparaissent enfin. On commence à compter autrement : il ne reste plus que quelques dizaines de kilomètres, puis quelques bosses, et encore quelques kilomètres.
Après avoir traversé la Normandie, retrouvé la Seine et roulé une partie de la nuit, le retour dans Paris donne une impression assez particulière. Le contraste est saisissant après avoir passé autant de temps sur les petites routes normandes.
Sur les coups de 17 heures, il ne reste plus qu'à gérer la circulation parisienne, qui augmente à mesure que l'on approche de la capitale, puis les derniers kilomètres jusqu'au club de l'ACP, non loin du point de départ. Le compteur dépasse les 600 kilomètres et le parcours est terminé.
Au final, ce parcours aura été une belle découverte de la Normandie à vélo, avec un fil conducteur original autour d'Arsène Lupin, mais surtout une expérience de gestion de l'effort, de la fatigue et du sommeil.
Et finalement, c'est peut-être ça qui rend ce genre de brevet intéressant : on part pour faire des kilomètres et on revient avec une histoire à raconter !

Bravo Nicolas. Une belle aventure sportive contée de manière romanesque. On n’a pas l’impression des difficultés rencontrées à la lecture de cette promenade de 600 km tout de même !